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Essays, Feminism, French, Islam, Translations

Les Musulmans ont ils besoin d’une « Théologie Féministe »? [French Translation]

Many thanks to my anonymous brother for translating my essay, ‘Do Muslims need a Feminist Theology?’, from English into French.

The footnotes are available in English in the original publication.


L’article qui va suivre a été délivré à l’université Goethe, à Francfort en Allemagne, lors d’une conférence dont le libellé était « Les horizons de la théologie islamique », tenue en 2014 par le Centre des études islamique (Zentrum fûr islamischen studien). Le panel était intitulé « La théologie féministe – féminisme islamique – les musulmans féministes », et il m’était demandé de présenter le titre « Les musulmans ont-ils besoin d’une théologie féministes ? ». Cette pièce a été développée et livrée au Royaume-Uni, en Nouvelle-Zélande et en Malaisie.

Depuis qu’il m’a été demandé de travailler sur ce thème, à de multiples occasions, j’ai décidé de partager la pièce ci-dessous dans l’espoir que cela pourrait être bénéfique aux musulmans qui souhaitent s’engager sur ce sujet. Lorsque que les « féministes musulmanes » revendiquent que cet aspect particulier de la théologie islamique a besoin d’être réinterprété ou ignoré quand il ne s’aligne pas avec les sensibilités féministes, elles tentent de former une « théologie féministe » pour remplacer la théologie islamique. En faisant cela, cependant, elles démontrent que le féminisme n’est pas compatible avec l’Islam.

La pièce suivante ne fait pas que réfuter « la théologie féministe », elle met aussi en valeur quelques exemples de l’incompatibilité entre la théologie islamique et la « théologie féministe ».

LES MUSULMANS ONT ILS BESOIN D’UNE « THÉOLOGIE FÉMINISTE » ?

Zara Faris

La question du droit des femmes n’a jamais été uniquement du ressort des féministes, remettre en cause le féminisme et ses méthodes, comme le fera cette discussion, ne revient pas à remettre en cause la question de sauvegarder des femmes tels que définis par une idéologie autre que le féminisme. Cette discussion ne cherche pas à savoir si des sections particulières de femmes ont besoin de libération ou non ; l’injustice sociale rampante que les femmes et les hommes subissent aujourd’hui dans le monde musulman postcolonial est évidente, et l’effet domino de l’oppression entre le dirigeant, l’homme, la femme et l’enfant est reconnu comme n’étant pas dû à la mise en œuvre des droits islamiques, mais en raison de l’absence de cela. Le monde musulman est actuellement affligé par l’incapacité à conserver la sagesse holistique du texte et de son application, et sa situation est exacerbée par la tentative de subversion soutenue de l’Islam avec des interventions idéologiques étrangères qui abolissent finalement le texte. Il y a ceux qui prônent le renouveau de l’Islam en guise de solution, qui considèrent l’islam comme l’objet de la solution, et il y a ceux qui prônent une réforme de l’islam, et ceux qui considèrent l’islam comme une solution importée. Alors qu’un diagnostic détaillé de la condition du monde musulman dépasse le cadre de cette discussion, on peut observer en résumé que le monde musulman présente actuellement les traumatismes résultant de l’amputation postcoloniale de l’Islam du système éducatif, résultant d’une compréhension superficielle de l’islam, loin de la manière dont l’islam était compris de manière classique, donnant lieu à des injustices contre les femmes et les hommes. À son tour, une pensée superficielle a incité certains à imiter les idées et le mode de vie de leurs anciens colonisateurs et, en particulier, l’idéologie du libéralisme laïc et sa ramification sexiste, le féminisme. C’est dans ce milieu que ceux qui cherchent à articuler cette idéologie empruntée par l’intermédiaire de l’Islam pourraient proposer et préconiser la notion de « théologie féministe ». C’est la faisabilité de cette « théologie féministe » qui fera l’objet de cette discussion.

La nécessité d’un remède est très claire, mais il ressort également de l’analyse présentée dans cette discussion, qu’une « théologie féministe » serait préjudiciable à tout remède. Cette discussion montrera les contradictions inhérentes et les conséquences paradoxales qui découlent des tentatives d’un projet de « théologie féministe ». Comme nous le verrons, l’effort de la théologie est centré sur Dieu, mais le féminisme est centré sur le genre, rendant le terme « théologie féministe » oxymoronique.

Cette discussion fera référence au texte sacré de l’Islam, au Qur’ān, aux actions rapportées, au discours et aux approbations tacites du Prophète Muhammad (prières et saluts sur lui), connues sous le nom de Traditions Prophétiques, narrations ou hadiths, et au système juridique islamique plus largement, ou Sharī’ah. La théologie est l’étude de la volonté de Dieu, pas la volonté de l’homme (ou de la femme).

Évaluer l’utilité d’une « théologie féministe » nécessite une compréhension de sa méthode. Il faut garder à l’esprit tout au long de cette discussion que le but de la théologie est l’étude de Dieu et de Sa volonté ; cette étude est occupée uniquement à essayer de comprendre la volonté du Créateur, pas la volonté du créé. Il s’ensuit donc que, à moins que la « théologie féministe » ne s’intéresse à l’étude de la Volonté de Dieu, une « théologie féministe » ne remplirait pas le but de la théologie.

Tandis que la théologie est l’étude de Dieu et de Sa volonté, le féminisme concerne la volonté humaine des féministes. Une « théologie féministe » finit par usurper les récits que la théologie peut fournir entre l’homme et Dieu, et donne la priorité à la volonté de l’homme (ou de la femme) sur la volonté de Dieu. La priorisation de la volonté humaine sur celle du Créateur peut être considérée comme la même cause de l’oppression que nous voyons aujourd’hui. Les répercussions de cette priorisation en théologie, qui seront discutées ci-dessous, sont au nombre de deux : premièrement, le féminisme préjuge ou fausse la méthode de la théologie, et deuxièmement, il présuppose les conclusions qu’il cherche à trouver en théologie.

Le féminisme préjuge la méthode de la théologie

Des voix les plus fortes

L’une des principales revendications des féministes qui s’engagent dans l’interprétation des textes islamiques, ou dans l’étude de ceux-ci, est que les voix masculines ont étouffé la volonté de Dieu. Selon ces féministes, l’érudition islamique a été une entreprise dominée par les hommes, ou patriarcale, qui a délibérément ou accessoirement subordonné et privé les femmes de leurs droits. Un universitaire contemporain, le Dr Shuruq Naguib, déclare que « lorsque les femmes musulmanes se tiennent devant le Coran pour entendre le discours divin, elles entendent aussi les voix des interprètes masculins » et que « entendre le Coran sans la médiation des hommes, certaines féministes musulmanes choisissent de supprimer les voix masculines afin de récupérer ce qu’elles perçoivent comme un message divin originellement libérateur et égalitaire ».

Tout d’abord, on ne sait pas très bien comment cette mutilation serait réalisée et quelle serait la conséquence d’une telle mutilation ; le Qur’ān ne parle pas de lui-même quand il n’est pas lu ou récité, et si les voix masculines sont biaisées, pourquoi croit-on que les voix féminines produiraient nécessairement un “message divin égalitaire” ? Les voix féminines ou les interprétations sont-elles considérées par de telles féministes comme supérieures à celles des hommes dans ce qui est essentiellement une activité intellectuelle ? Si l’on soutient que les lectures masculines restent incomplètes en raison de l’absence d’une lecture féminine, les lectures féminines sont-elles également incomplètes ? Prétendre que le sexe produit une distorsion dans les efforts intellectuels est une revendication sexiste. Comprendre les Écritures ne nécessite pas de sexe ou de chromosomes, mais plutôt d’intellect – quelque chose que les deux sexes possèdent. A moins que la proposition féministe ne soit en quelque sorte reprise, on ne sait pas pourquoi ces féministes proposent de filtrer arbitrairement seulement les voix masculines de l’héritage intellectuel de l’Islam.

Historiquement, l’Islam n’a jamais considéré le sexe des interprètes comme important, mais plutôt la qualité de l’interprétation et son exactitude par rapport aux textes. Considérons, par exemple, que l’héritage de l’Islam intellectuel compte des érudits hautement accomplis et renommés qui par milliers sont des femmes. Le Shaykh contemporain Akram Nadwi a documenté au moins huit mille femmes musulmanes à travers l’histoire mondiale, et dans le domaine des sciences du hadith seulement. Parce que l’Islam ne fait pas de différenciation sexiste entre les intellects masculins et féminins, les étudiants et les étudiantes se seraient rassemblés pour apprendre de ces intellects, parfois même en s’entassant autour de la maison d’une étudiante pour apprendre d’elle. Des savants masculins notables auraient pris connaissance de savants féminins, tels que des érudits masculins, dont Ibn Taymiyyah, al-Dhahabi, l’Imam Shafi’i, l’Imam Malik, l’Imam Ahmad ibn Hanbal, l’Imam Abu Hanifa et même le calife, Abd al-Malik Ibn Marwan. Dans le passé, les villes d’Asie centrale (anciennement appelée la « Transoxanie »), il est rapporté qu’un avis juridique, ou fatwa, ne serait délivré à partir d’une maison que si elle réunissait les signatures du chef de famille et de sa fille, sa femme ou sa sœur. Non seulement les érudits ont joué indéniablement un rôle important et critique dans le développement de la loi islamique, ou Sharī’ah, comme nous le connaissons aujourd’hui, mais les tribunaux islamiques étaient si réputés pour garantir la justice pour les femmes que, pendant le califat ottoman, même les femmes d’autres communautés religieuses préféraient que leurs affaires soient traitées par les tribunaux islamiques.

La question du genre dans la transmission et le développement de la pensée islamique est sans importance. Il existait même des cas où des érudits ont eu des opinions qui pourraient être considérées comme désavantageuses pour une femme qui étaient en réalité plus avantageux pour la femme. Il est rapporté, par exemple, que Fatima bint Qays racontait une Tradition dans laquelle le Prophète Muhammad (pbsl) l’a informée que, dans sa situation, son ex-mari n’avait pas l’obligation de couvrir ses dépenses après avoir divorcé. 12] Il y a des discussions entre d’autres érudits sur les circonstances particulières de son cas qui auraient amené le Prophète Muhammad (psl) à lui dire cela. [Bien que la fiabilité de sa narration ne soit pas discutable, ce qui est intéressant, c’est que de nombreuses autres personnes, dont le calife Umar ibn al-Khattab, Abdullah ibn Mas’ud, Zayd ibn Thabit et de nombreux autres érudits et juristes, ont déclaré que les femmes divorcées étaient Aisha, la femme du Prophète Muhammad (psl) et à qui est attribué un vaste corpus de narrations hadiths, fournissant des détails sur les raisons pour lesquelles le cas particulier de Fatima bint Qays a été traité]. Malgré le fait que Fatima bint Qays savait que le hadith pouvait être considéré comme préjudiciable à sa propre position, elle le racontait avec ferveur. De plus, malgré l’opportunité que les hommes juristes ont eu depuis lors d’exploiter la narration de Fatima bint Qays, et de l’appliquer à toutes les femmes, ce que l’on pourrait attendre d’eux s’ils étaient vraiment masculins, les érudits masculins ont opté pour les opinions qui sont plus avantageuses pour les femmes. S’agit-il des voix masculines que les féministes jugeraient devoir être réduites au silence ou filtrées par une théologie féministe ?

Inversement, ou ironiquement, les féministes musulmanes emploient assez volontiers les voix masculines si ces voix masculines s’alignent sur les idées féministes – par exemple, les œuvres souvent citées de Qasim Amin. Ziba Mir-Hosseini décrit les réformistes masculins, Tahir Al-Haddad, Fazlur Rahman et Nasr Abu Zayd comme « l’épine dorsale de l’érudition féministe dans l’Islam, qui porte la pensée réformiste sur de nouvelles bases ». L’affirmation féministe, selon laquelle ils essaient d’éliminer les préjugés masculins de l’érudition islamique, aboutit en fait à la suppression de nombreuses voix féminines de l’histoire islamique et à une obstruction aux considérations objectives de la justice. Ceci indique plutôt une volonté d’affirmer d’abord les idéaux féministes, que ce soit par des voix masculines ou féminines. Une « théologie féministe » devient simplement un filtre pour un contenu choisi, ne portant pas sur le genre des voix, ou supposant la voix à travers laquelle la volonté de Dieu est réellement exprimée, mais plutôt « théologie féministe » sur l’expression de la volonté du féminisme de la voix la plus forte.

Authenticité

Les partisans d’une « théologie féministe » affirment souvent que, puisqu’il s’agit d’une « interprétation humaine », il n’existe pas de version unique authentique, autoritaire ou objective de l’islam et qu’il est dangereux d’affirmer qu’il y en a une. De tels avocats déploreront les expressions “l’Islam est”, et même “le Coran dit”. En d’autres termes, de nombreuses féministes musulmanes affirment qu’il n’y a pas d’interprétation unique de la volonté de Dieu. Une telle affirmation tente de faire de la place à l’existence d’une lecture féministe de l’islam ou de la légitimer. Cependant, un tel argument est en fait contre-productif pour les défenseurs féministes, car s’il n’y a pas une seule interprétation autoritaire de l’Islam, alors toutes les interprétations sont également valables. Sur cette base, une « interprétation féministe » serait aussi valable qu’une interprétation misogyne ou patriarcale. Les féministes peuvent répondre que d’autres exploitent volontiers cette opportunité à leurs propres fins, et que leurs interprétations ne devraient donc pas être crédibles – mais, s’il n’y a pas une seule version autorisée de l’islam comme le prétendent de nombreuses féministes, qui a le mandat de déclarer qui est sincère dans son interprétation et qui ne l’est pas, et qui a pour mandat de condamner un autre avec l’accusation d’exploiter l’Islam à leurs propres fins ?

En tant que tel, non seulement l’affirmation selon laquelle l’Islam est ouvert à toute interprétation réduit injustement un ensemble sophistiqué de sciences théologiques à un processus aussi vague que la lecture des feuilles de thé, mais l’utilisation de cette affirmation se retourne contre les fondements féministes. La théologie féministe n’est pas plus crédible que celle des terroristes violents, des misogynes accusés et même des fascistes. Si les féministes ont relégué la Volonté de Dieu à signifier éventuellement tout ce qui peut être imaginé sur la base de leur disposition, un peu comme un test de Rorschach, alors c’est tout simplement le cas, encore une fois, que la voix la plus forte l’emporte.

Ironiquement, contrairement à l’Islam, le féminisme n’a pas de livre sacré, de code ou de canon, ni de corps faisant autorité pour arbitrer ce qui est authentiquement le féminisme et ce qui ne l’est pas. Cela nous laisse avec la réalisation absurde mais précise que le féminisme est plus flou, confus et sujet à l’interprétation que ce qu’il peut prétendre être le cas avec l’Islam. À la lumière de ceci, on ne devrait pas essayer de voir dans des eaux apparemment boueuses en utilisant une lentille encore plus boueuse.

Bien sûr, la prémisse que le Coran est en quelque sorte vulnérable aux interprétations multiples est fausse. Le Qur’ān, qui se décrit comme clair, ou mubīn, peut être ouvert à des interprétations dans de nombreux détails, mais ne peut être ouvert à aucune interprétation, ni interprétations qui contredisent ses significations apparentes les plus clairement véhiculées. Arguer du contraire revient à soutenir que Dieu est un mauvais communicateur, qui ne peut pas exprimer correctement son intention. Par exemple, on ne peut pas prétendre que le Coran préconise le polythéisme, pas plus qu’on ne peut prétendre qu’en règle générale, le Coran n’accorde pas aux deux tiers l’héritage des mâles, aussi qualifiés soient-ils. Les exceptions aux règles générales sont stipulées soit dans le Coran, soit à titre de hadith, comme étant des exceptions à la règle générale et donc subordonnées à certaines circonstances. Ainsi, de nombreuses prescriptions et proscriptions claires dans le Coran sont simples et, étant des commandements généraux, ne sont pas spécifiques au contexte. Toutes les ambiguïtés présentes proviennent généralement de détails et d’exceptions, pour lesquels les explications et les exemples du Prophète Muhammad (prières et saluts sur lui) sont utilisés pour fournir des éclaircissements.

Il est à noter que pour de nombreuses féministes, il est également inacceptable que l’interprétation juridique soit la compétence exclusive des juristes au motif que cette exclusivité suppose que les juristes soient infaillibles. Il est cependant facile de faire remarquer que c’est parce que tout intellect humain est accepté comme faillible, ce qui est encore amplifié par l’ignorance, qu’il est jugé nécessaire de réserver une interprétation légale à ceux qui satisfont certaines qualifications intellectuelles minimales.

Selon les féministes musulmanes, l’islam et le féminisme ne sont pas compatibles

Une « théologie féministe » présuppose également l’idée qu’il existe une certaine congruence ou compatibilité entre le féminisme et l’islam. Cependant, on peut observer que les réformistes féministes ont eux-mêmes réalisé que certaines idées féministes ne peuvent pas être satisfaites uniquement par la réinterprétation des textes, et la plainte féministe concerne maintenant plus que l’interprétation des sources, mais plutôt les sources elles-mêmes : le Qur ‘ān et la tradition prophétique. Le simple fait que certains choisissent de s’appeler « féministes musulmanes » ne prouve pas que l’Islam et le féminisme sont compatibles, mais que les humains sont capables de dissonance cognitive. L’une des plus grandes ironies est que de telles féministes affirment régulièrement, par leur propre travail, que le féminisme et l’Islam ne sont pas compatibles à moins que l’Islam ne soit adapté aux idées féministes, rendant la notion de « théologie féministe » impossible.

Par exemple, Ayesha Chaudhry préconise ouvertement la cueillette du hadith, arguant que, puisque le Prophète Muhammad (prières et saluts sur lui) est à la fois dépeint comme un « homme radical et égalitaire » et « un homme patriarcal qui appartenait et était à l’aise en septième siècle Arabie », on pouvait choisir les traditions respectives à adopter. Elle déclare : «En employant la pratique prophétique du Prophète Muhammad de manière sélective pour soutenir une vision égalitaire de l’Islam, les féministes musulmanes feraient exactement ce que les érudits musulmans faisaient en utilisant la pratique prophétique pour soutenir les perspectives patriarcales de l’Islam.», et que les croyants contemporains sont autorisés à adopter une pratique prophétique quand cette pratique se conforme à ce qu’elle définit comme une éthique contemporaine, mais à la répudier quand elle les contredit.

Nous avons déjà observé au-dessus du problème que cette approche se heurte à cette objection : si, selon les féministes, il n’y a pas une version unique de l’Islam, alors qui a le mandat de filtrer la tradition prophétique de quelque façon que ce soit ? Les féministes musulmanes peuvent répondre que cette lecture féministe a simplement pour but de permettre au discours ou à la conversation de se produire, plutôt que d’imposer une interprétation particulière. Encore une fois, non seulement cette expérience de pensée aurait une utilité limitée, mais une telle réponse serait hypocrite. Les féministes comme Chaudhry affirment que le Prophète Muhammad (priere et salue sur lui) a fait de son mieux pour créer l’égalitarisme de genre, mais “sans accomplir cette vision dans sa vie”. En d’autres termes, Chaudhry impute au prophète Muhammad (prières et saluts sur lui) une mission particulière qu’elle semble suggérer aux féministes musulmanes d’accomplir. Ceci est clairement au-delà du mandat de l’effort théologique pour comprendre la Volonté de Dieu, et bien plus présomptueux que le simple discours.

Amina Wadud, une des fondatrices de l’organisation féministe en Malaisie Sisters in Islam, a affirmé que la possibilité de rejeter les versets explicites du Coran pour lesquels les féministes ne peuvent trouver d’autres explications devrait être considérée. Elle déclare : « Personnellement, je suis venu dans des endroits où la façon dont le texte dit ce qu’il dit est tout simplement inadéquate ou inacceptable, quelle que soit l’interprétation qui en est faite ». Elle dit plus loin que certaines articulations du Coran en tant que le texte est problématique, il y a la « possibilité de réfuter le texte, de répondre, de dire même non ». Omaima Abou Bakr explique que « si de tels chercheurs ont déjà tenté de résoudre cette difficulté en attirant l’attention sur les « principes généraux du Coran comme cadre de référence », Wadud « porte le problème à un autre niveau », en ce que « la lettre » du texte divin reste un problème et il est temps d’arrêter de s’en préoccuper. Elle explique que le point de vue de Wadud « serait un moyen d’éviter l’application littérale ou la mise en œuvre d’un texte quand il s’oppose à notre développement humain et à nos compréhensions actuelles plus progressistes ». Encore une fois, il est suggéré que « le texte coranique lui-même exige que les musulmans s’écartent parfois de ses dispositions littérales pour établir la justice ».

En exigeant constamment que l’Islam change, le féminisme lui-même indique, sinon proteste, que le féminisme n’est pas compatible avec l’Islam. Cela rend l’idée d’une « théologie féministe » impossible, et encore moins d’utilité pour les musulmans.

Les féministes étudient la théologie uniquement pour justifier une conclusion préconçue

Moralité

L’étude de la théologie, étant l’étude de la Volonté de Dieu, et non celle de l’homme, exige que l’on se détache du préjugé, du pré-jugement ou de l’ordre du jour pour atteindre le but de l’étude : exactitude et vérité. Cependant, cette tâche est rendue difficile, sinon activement renversée, par l’ensemble des conclusions pré-jugées avec lesquelles les féministes tendent à approcher des textes islamiques. Maintenant, étudier la Volonté de Dieu, bien sûr, devrait inclure la Volonté de Dieu sur la moralité parce que la moralité doit provenir d’une vérité objective. Si la morale était innée ou intuitive, alors les gens n’auraient pas d’idées différentes sur la moralité ou différeraient les uns des autres. En effet, tout le système d’arbitrage judiciaire serait inutile. Si les gens pouvaient tous comprendre la moralité, non seulement il n’y aurait pas de différences idéologiques, mais la Révélation elle-même ne serait pas nécessaire du tout.

Le critère féministe pour conclure ce qui est moral, cependant, n’est pas objectif, mais il est vrai qu’il est extérieur à la vérité objective de l’Islam. Asma Barlas, par exemple, déclare ouvertement que sa méthode pour déterminer si les enseignements du Coran sont « éthiques et égalitaires » consiste à combiner la vision du Qur’ān de l’égalitarisme et de la justice avec les théories féministes. Mir-Hosseini déclare que « les penseurs réformistes musulmans ont essayé de concilier ce qu’ils considéraient comme des principes fondamentaux dans la loi musulmane et l’éthique avec les conceptions modernistes de la justice et des relations de genre ». D’autres utilisent les conceptions occidentales des droits de l’homme comme cadre et d’autres invoquent de vagues références à « l’éthique contemporaine ».

Wadud a parlé des frustrations que ressentent les féministes quand, comme le suggère Wadud, elles doivent prétendre défendre le féminisme dans une perspective islamique et non libérale. Elle écrit : « La directrice exécutive de Sisters in Islam, Zainah Anwar, a demandé : « Pourquoi ne pouvons-nous pas dire que nous travaillons pour la justice de genre dans une perspective de droits de l’homme » au lieu de notre prétention de travailler la perspective islamique ? Très honnêtement, je comprends les frustrations ». En d’autres termes, ces féministes n’agissent pas en tant qu’interprètes, ou même réinterprètes, mais en tant qu’interpolateurs libéraux laïcs.

Au lieu de faire revivre les compréhensions islamiques classiques et d’inspirer les libérateurs créatifs, le résultat de cette entreprise féministe est l’éloignement de la mécanique islamique et des garanties de justice. En effet, plutôt que de guider les sociétés musulmanes hors de leur condition post-coloniale, cette entreprise féministe sert à compléter le projet colonial en poussant à l’imitation accrue des idéologies occidentales. L’effet est que le Coran est utilisé pour amener les musulmans vers le libéralisme séculier de la même manière que certains missionnaires d’autres religions utilisent le Coran, dans ce qu’on appelle «la méthode du chameau », pour essayer de convertir les musulmans en une religion autre que l’Islam.

Étant donné que les problèmes dans le monde musulman existent en raison de son état postcolonial, une « théologie féministe » qui propose la même idéologie qui a alimenté le postcolonialisme ne devrait pas profiter au monde musulman.

Individualisme

Un exemple de l’une des idées libérales des féministes est l’idéal libéral de l’individualisme ou, en d’autres termes, la maximisation de sa propre autonomie. Cela signifie que les féministes, qui doivent argumenter que l’Islam est biaisé par les hommes, ne peuvent expliquer pourquoi en Islam, une femme a droit sur le temps, l’argent et même le corps de son mari, et ne peuvent donc pas accepter les décisions islamiques sur l’héritage.

Obligations, décisions sur le leadership familial et modestie

La loi islamique reconnaît qu’aucun humain n’est une île ; nous ne nous donnons pas naissance, nous ne nous élevons pas, nous ne pouvons pas continuer à exister sans dépendre des autres ou de l’environnement ; nous ne pouvons même pas apprendre la langue, la parole ou la communication par nous-mêmes. Ainsi, l’Islam cherche à faciliter la confiance réciproque inévitable entre les gens en établissant des droits et des devoirs réciproques entre eux, y compris entre les hommes et les femmes. Les avantages conférés à un membre de la société sont donc assortis de responsabilités et de responsabilités correspondantes. Les faiblesses sont accommodées avec des droits. L’idée de leadership ou de pouvoir n’est pas considérée comme une vertu à rechercher dans l’Islam, car l’Islam la reconnaît comme une position de responsabilité plutôt que d’honneur ou de privilège. Grâce à cela, l’égalité entre les personnes est préservée quel que soit le rôle.

Ainsi, dans le Coran, Dieu répudie ceux qui se considèrent comme autonomes et révèle à titre d’exemple que l’humanité sera appelée à rendre compte de nos actes dans l’au-delà dans les nations (ummāt), pas seulement par soi-même, et que les injustes se disputeront, se blâmeront les uns les autres, tout en se tenant devant Dieu. Le Coran prévoit que les fardeaux supportés au Jour de la Résurrection ne seront pas seulement les siens, mais aussi ceux que quelqu’un a aidé à égarer.

On ne peut que se demander quel degré d’autonomie ces féministes pensent que les Prophètes de l’Islam avaient quand ils étaient chargés du devoir de Révélation. On ne peut que se demander quelle “autonomie” ces féministes pensent que Maryam (prières sur elle) avait quand elle était chargée du devoir de porter Isa (prières sur lui) dans son ventre.

Alors que le féminisme prône populairement « l’intersectionnalité » dans le diagnostic des problèmes, il ne parvient pas davantage à apprécier l’interdépendance et les freins et contrepoids qui existent dans la Sharī’ah. Le Prophète Muhammad (prières et saluts sur lui) aurait dit : « Chacun d’entre vous est un berger. Et chacun de vous sera interrogé sur votre troupeau. Un dirigeant est également un berger et il sera interrogé sur son troupeau. Et chaque homme est un berger de sa famille. Et chaque femme est la gardienne de la maison de son mari et de ses enfants. Ainsi, chacun d’entre vous est un berger et chacun sera interrogé sur son troupeau. » ou encore : « Dans l’Islam, quand un dirigeant a autorité sur le peuple, il ne reçoit pas la souveraineté, ni ne peut faire ce qu’il veut, la souveraineté reste seulement avec Dieu. L’autorité donnée comporte le devoir d’appliquer la loi de Dieu. Quand un homme a autorité sur sa famille, il ne reçoit pas la souveraineté, il ne peut pas faire ce qu’il veut, la souveraineté reste seulement avec Dieu. L’autorité donnée comporte le devoir d’appliquer la loi de Dieu. Dans tous les cas d’autorité, l’autorité doit exister pour que la responsabilité existe. »

Les féministes, cependant, contestent ce concept d’autorité et préconisent un pouvoir accru pour les femmes. Wadud, Barlas et Fatima Mernissi soutiennent que l’Islam n’empêche pas les femmes de prendre des rôles de leaders, et même que, dans un ménage, le mâle et la femelle peuvent avoir une autorité égale. L’idée de l’autorité ou de la responsabilité des hommes sur les femmes semble être un affront à l’autonomie ou à l’individualisme féministe ou au (faux) sens de l’autosuffisance (qu’aucun être humain ne peut prétendre posséder). Amina Wadud et Asma Lamrabet soutiennent que l’injonction islamique pour une femme d’obéir à son mari (dans ce qui est permis sous la Sharī’ah, ou halāl) contredit l’unité de Dieu, car ils prétendent que l’obéissance est pour Dieu seul. Si l’obéissance au mari constitue l’idolâtrie alors, selon ces féministes, un garçon obéissant à sa mère serait aussi une idolâtrie, être un citoyen respectueux des lois serait une idolâtrie, et un musulman obéissant au Prophète Muhammad (prières et saluts sur lui) également, et ce que le Coran explicitement commande, serait aussi de l’idolâtrie.

Il y a aussi la tentative féministe d’interpoler le concept de musāwah dans les lectures du Qur’ān, dans ce qui peut être vu comme une tentative d’aligner le Qur’ān sur la conception occidentale de l’égalité. Fait intéressant, le Qur’ān n’utilise pas le mot musāwah ou ses dérivés sauf pour dire comment les choses ne sont pas égales, par exemple la croyance et l’incrédulité. Au contraire, le Coran reconnaît que deux personnes, quel que soit leur sexe, reçoivent les mêmes provisions, bénédictions ou tests et, dans l’au-delà, que les gens doivent être classés et récompensés différemment. Les gens sont traités et promis à la justice dans le Qur’ān, pas une égalité totale qui ignore la différence.

En raison des conclusions préconçues portées par le féminisme que les féministes apporteraient à une « théologie féministe », on peut voir que, plutôt que de se concentrer sur la compréhension de la Volonté de Dieu, l’objectif de la « théologie féministe » est plutôt détourné vers la « réconciliation » de l’Islam avec ces notions préconçues.

Conclusion

Si le but de la théologie est d’étudier la Volonté de Dieu, alors nous pouvons voir qu’une « théologie féministe » concerne la volonté humaine des féministes et sa préoccupation pour les idées empruntées. Comme remède, une « théologie féministe » n’est pas réalisable et ne remplit pas le but de la théologie. Les répercussions sont au nombre de deux : premièrement, le féminisme préjuge ou fausse la méthode de la théologie et, deuxièmement, le féminisme présuppose les conclusions qu’il cherche à trouver en théologie. En fin de compte, l’effort de la théologie est centré sur Dieu, mais le féminisme est centré sur le genre, rendant le terme « théologie féministe » oxymoronique, concept dont le monde musulman n’a pas besoin.

{Qu’avez-vous ? Comment jugez-vous ? Ou bien un Livre dans lequel vous apprenez qu’en vérité vous obtiendrez tout ce que vous désirez ?} (Sourate al Qalam, versets 36-37-38.)

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